Et si c’était la fin du monde?

Demain, deux grandes marches vont avoir lieu à Paris. D’un côté les gilets jaunes qui protestent contre le pouvoir d’achat qui décroît d’années en années pour les classes moyennes et les plus pauvres. De l’autres, les femmes qui s’indignent contre les violences qu’elles subissent.
Si on regarde au delà de notre France chérie, on ne peut pas passer à côté des colères qui grondent et de l’état de notre monde. Quand on est parent, peut être que cela nous questionne encore davantage.

Hier les mots ont été prononcé par Nicolas Hulot « Fin du monde ».

Ça fait peur ! Pas seulement pour nous mais pour le futur de nos enfants.

Et pourtant, pas de fatalisme. Nous pouvons encore préserver ce qu’il y a à préserver. Mais comment ?

Je crois que l’un des sentiments les plus forts que l’on a en devenant parent, hormis l’amour bien entendu, c’est la responsabilité qui nous incombe. Autrefois, il s’agissait de s’assurer que l’enfant serait nourri, vêtu, en bonne santé. Après, la question de l’éducation aussi est venue s’ajouter. Pouvoir permettre à son enfant de gravir l’ascenseur social par les études pour lui permettre de vivre mieux que soi. Et puis, la question du bien être de l’enfant depuis quelques années a pris (et c’est tant mieux) son essor. Etre à l’écoute et bienveillant.
Toutes ces questions sont toujours d’actualités et donnent bien du fil à retordre aux parents qui font de leur mieux pour essayer de tout conjuguer.

Maintenant l’enjeu ça devient carrément la survie de notre espèce. Et là clairement on se demande si c’est un défi que nous pouvons relever.

Quand nous nous étions enfant, pour nous sauver de la fin du monde, il y avait toujours dans les histoires un super héros ou un homme incroyable comme Bruce Willis prêt à se sacrifier pour sauver la terre d’une météorite. Mais face à nous même qui nous sauvera ?

Cette question donne le vertige.

J’ai l’impression que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir changer notre mode de vie et essayer de faire notre part. Cela n’a rien de simple car cela va à l’encontre de tout ce que nous avons appris. Il nous faut changer la façon dont nous vivons depuis notre naissance. Tout le monde n’est pas prêt ni à l’entendre, ni à agir. Je ne juge pas. Il faut aussi entendre ceux dont la préoccupation première est de gérer un quotidien avec très peu de ressources.
J’ai la chance de vivre en centre ville avec les transports en commun et les magasins bio à proximité. Mais je pense que nous pouvons tous changer en douceur quelques mauvaises habitudes même si ce n’est pas possible financièrement de changer tout de suite tout notre mode de vie, même si nous sommes pris par le temps. On parle de 2 ans et demi pour éviter le pire pour notre monde.

Pour ma part, je suis aussi face à mes contradictions. J’achète en vrac mais en cas de fatigue je cède aux repas à emporter et leurs emballages. Je prends une douche mais parfois trop longue. Je me lave au savon de marseille mais j’utilise du shampoing sec régulièrement. Je commande du fait main mais il m’arrive faute de budget d’acheter des vêtements made in china ect ect…
Et à chaque écart maintenant je culpabilise en pensant à mes filles, ce qui ne me serait pas venue à l’idée il y a 3 ans…

Le temps presse. 2 ans et demi c’est un laps de temps si court pour changer nos vies.
Et pourtant c’est l’âge de ma fille aînée. En deux ans et demi elle a appris à marcher, parler, sauter, courir et faire fleurir son imagination.
En 9 mois, ma cadette a tellement grandi, s’ouvre au monde, communique, explore, tente des choses.
Je me dis que si nous nous inspirons de nos enfants nous pourrons peut être nous aussi faire des merveille pour grandir avec le sourire.

Et vous ? Ou en êtes vous de vos réflexions ?

 

 

Le temps nécessaire


A l’heure où l’on court partout. Où chaque jour les scientifiques font de nouvelles découvertes. Où la notion de progrès commence à nous questionner sur les enjeux écologiques pour notre monde. Nous voyons fleurir gentiment les quêtes de la pleine conscience et du temps pour soi.

De plus en plus, dans nos vies bien remplies, nous nous tournons vers des pratiques que nous aurions vues comme saugrenues ou carrément hippies il y a quelques décennies. La sophrologie, le yoga, la méditation font de plus en plus d’adeptes. Mais parallèlement aussi l’injonction au bonheur, à la bienveillance et à la sérénité intérieure.

Cela me gêne. Et pourtant je suis moi même adepte de certaines de ces techniques et je fais de mon mieux pour être quelqu’un de positif au quotidien. Ce qui me gêne ce n’est pas cette quête de bonheur ou de bien être, mais l’injonction à être dans cette démarche et surtout l’oubli que pour chaque individu les notions de bonheur et le chemin pour y parvenir sont divers. C’est pour moi aussi nier que la vie n’est pas linéaire mais qu’il y a des imprévus. Et dans ce discours là, souvent culpabilisant à trop en imposer, le temps nécessaire pour y faire face.

Je m’explique.

A la fois, sont mises en valeur les techniques de relaxation et de temps pour soi. Par exemple, on conseille de prendre chaque jour 5 minutes pour méditer. Et paradoxalement, lorsqu’un événement traumatique important vient s’immiscer dans le quotidien, on demande très vite à l’autre de « passer à autre chose ».

C’est quelque chose que j’ai vécu personnellement à chaque deuil ou étapes difficiles ou bouleversantes de ma vie (rupture, fin brutale d’un travail, accouchement aussi car c’est un chamboulement). Et je crois ne pas être la seule.

Ce que j’ai pu observer c’est que souvent, les premiers jours la parole est écoutée, entendue, recueillie si la personne le souhaite. Et puis ensuite il faudrait passer à autre chose. Seulement cela ne marche pas comme cela.

Nous devrions réfléchir à pourquoi nous insistons tant pour que l’autre aille mieux aussi vite.
Est ce que nous nous sentons démunis face à sa douleur ? Que nous ne savons pas quoi faire ou quoi dire ? Est ce que c’est parce que nous avons peur que son malheur nous contamine ?
Ça n’a rien d’évident.

Et quand nous traversons nous même quelque chose, prenons nous le temps nécessaire pour nous confronter à nos émotions même les plus négatives, ou est ce que nous les cachons vite vite sous le tapis en espérant qu’elles ne viendront plus nous embêter ?

Dans notre société, il n’y a plus ce temps de creux où nous prenons en nous le temps de traverser ce qu’il y a à traverser. Quand on le fait, cela apparaît presque comme honteux de ne pas « récupérer » aussi vite que cela aurait dû selon les normes imposées. Il faut très vite sortir. Sourire. Oublier. Remettre le masque social.

Il n’y a pas de honte pourtant à vouloir, pendant un temps, rentrer dans sa coquille pour mieux se reconstruire de l’intérieur. Chaque petit pas compte. Il y a des jours avec et d’autres sans. C’est déconcertant pour les autres et pour nous mêmes. C’est un tout cheminement.

Et si souvent autour de nous, des personnes pleines de bonnes intentions tentent de nous forcer la main pour sortir de cette phase, il faut savoir dire que l’on est pas prêt encore. Et c’est dur.

Ce n’est pas refuser la main que l’on nous tend mais simplement la prendre au bon moment.

J’ai décidé de prendre le temps qu’il me faut, pas le temps qu’il faudrait.

Je prends mon temps nécéssaire.

30 ans, et après?

Il y a ceux qui font des listes de tout ce qu’ils doivent accomplir avant la trentaine. Et puis il y a moi. Moi qui sais depuis longtemps que la vie ce n’est pas ça. Que c’est bien d’avoir des objectifs pour avancer mais qu’il faut savoir se réjouir du moment présent. Que les plans tout tracés cela ne marche pas car la vie s’en mêle et met le bazar. Et quand elle ne le fait pas… c’est bien ennuyeux tout ça, vous ne trouvez pas ?

Je ne m’étais pas fait de liste de tout ce que j’aimerai accomplir avant mes trente ans. Pourtant sur le papier, on dirait que la société aurait eu emprise sur moi. Mariée, deux enfants, et bientôt propriétaire d’un toit.
Ça c’est ce que l’on pourrait penser si on ne me connait pas, peu ou mal.
Pourtant la vérité est très différente. Ma trentaine à moi je l’ai vécu comme un objectif de survie. J’ai mis en place au gré des belles rencontres, mes petits et grands bonheurs. En écartant avec douceur ou fracas ce qui me causait de la peine ou de la peur.

Je pense à mes amies trentenaires qui n’ont pas d’enfant. Et mon coeur se serre, de colère ou de tristesse. Pas parce qu’elles n’ont pas d’enfant. Non. Parce que la société leur renvoit d’elles même une image terrible. Encore aujourd’hui. Peu importe qu’elles soient compétentes ou créatives. Qu’elles en aient fait le choix ou pas, c’est comme si elle n’avait pas rempli la charte. Comme si être une femme libre ne suffisait pas.

Moi le fait d’être mère finalement, c’est un peu comme si j’avais acquis un statut. Je suis devenu « la maman de ».
Un statut qui pourrait vite devenir enfermant d’ailleurs.
Alors je bataille chaque jour un peu pour ne pas limiter ce que je suis et devenir la caricature de moi même. Je reprends doucement le goût de la littérature et de l’étude qui me sont si nécessaire. Et je dessine.
Miracle même, je m’affirme enfin (un petit peu) en tant qu’artiste. Moi qui avait peur d’être une usurpatrice… de ne pas avoir assez de talent pour avoir le droit de montrer ce que je fais.
30 ans: et si c’était l’âge où on envoyait un peu valdinguer la peau de l’adolescente complexée?

Cependant, aux yeux des autres, la liste de ce que l’on doit accomplir ou non avant trente ans perdure et c’est bien dommage.

J’ai l’impression au contraire qu’un champ des possibles s’offre à nous à cet âge.
On sait enfin ce que l’on veut. En amour ou dans le travail par exemple.

J’ai d’ailleurs fait récemment l’expérience moi même d’un auto sabotage d’entretien d’embauche car j’ai compris que je n’étais plus prête à me laisser piétiner pour exercer mon métier, même s’il me passionne. Je connais ma valeur. Cela ne veut pas pour autant dire que je me surestime. Je veux juste du respect et du sens dans mon travail.

Je ne sais pas là où je vais. Je sais là où je n’irais plus.

J’ai des rêves plein la tête et des projets à remplir en entier une malle aux trésors.

J’en suis à la moitié de ma vie, ou peut être même le tiers si j’ai de la chance… Alors moi je remplis ma liste de voyage et de belles choses à faire en amoureux, avec mes filles, ou seule.

Non pas d’objectif de vie. L’idée de la réussite n’est pas la même pour tous. Je crois que si je devais partir dès aujourd’hui, je n’aurai aucun regret et vécu intensément. C’est pour moi le plus important.

A la fin du mois, j’aurai 31 ans. Et ce début de trentaine me dit de maintenir le cap droit devant !

 

A toi qui n’a pas d’enfant…

A toi qui n’a pas d’enfant, mais tellement d’idées pour élever ceux des autres.
A toi qui vit seul, mais est convaincu qu’il saurait gérer toute une tribu au quotidien.
A toi qui il n’y a pas si longtemps vivait dans le giron de sa mère, mais pense savoir ce que sait d’être un bon parent.

Il y a des fois où tu m’agaces avec tes remarques désobligeantes sur ma façon de tenir tant bien que mal le ménage de mon appartement.
Il y a des fois où tu me mets en colère quand tu reprends mes enfants devant moi, comme si ton autorité prévalait sur la mienne.
Il y a des fois où tu m’amuses quand tu te lances dans des grands discours sur l’éducation, forcément meilleure, que tu donneras à ta future descendance.

Et pourtant, si tu savais les nuits sans sommeil et les journées sans trêve quand on s’occupe de nourissons.
Et pourtant, si tu savais combien il est difficile de tenir les beaux principes simplement parce que l’on est face à des enfants réels et non rêvés.
Et pourtant, si tu savais que l’on se retrouve parfois bien esseulés et mal informés quand on est jeune parent. Devant tenir seul (e) la baraque, ou à deux lorsque comme moi on est chanceux.

Alors, je me prends à imaginer que les valises que tu as sous les yeux ne sont pas dues aux vapeurs des nuits d’alcool, mais d’un petit bébé fêtard.
Alors, je me prends à imaginer que tes vêtements sont tachés par des cacas fuyants et des reflux.
Alors, je me prends à imaginer ta maison croulant sous le linge entassé, les papiers en attente, la vaisselle dans l’évier.

Si je suis sincère, je ne te souhaite pourtant pas l’angoisse d’une grossesse au lit avec une menace planant sur le bébé.
Si je suis sincère, je ne te souhaite pourtant pas les régimes drastiques et les piqures d’insuline
Si je suis sincère, je ne te souhaite pas non plus les vomissements dix fois par jour jusqu’à l’accouchement.

Je n’ai pas envie non plus, que le bébé arrive au bout de 53h …
Je n’ai pas envie non plus, que son petit coeur ralentisse et qu’on doive le sortir d’urgence à coups de ciseaux et de forceps.
Je n’ai pas envie non plus, que la naissance de ton enfant soit accompagnée de douleurs physiques et psychologiques difficiles à oublier.

Peut être que tu auras la chance, d’avoir un bébé qui dort plus de dix minutes d’affilées durant sa première année.
Peut être qu’il y aura autour de toi des personnes pouvant te soulager une heure en gardant ton enfant pour que tu dormes, ou t’offrira toute autre forme d’aide pouvant t’apporter un peu de répit et de réconfort après un tel bouleversement.
Peut être que tu échapperas aux remarques et aux conseils contradictoires qui font tant douter de soi quand on est jeune parent.

Je déteste pourtant ceux qui disent d’emblée à ceux qui n’ont pas d’enfant : « tu ne peux pas comprendre ». Je pense que c’est faux. Certains n’y arrivent pas, d’autres oui.
Je déteste les idées toutes faites sur ce que c’est qu’être un bon parent. Il n’y a pas de recettes magiques mais son propre chemin à trouver.
Je déteste être en colère contre toi, alors que j’aimerai que les jugements fassent place à un dialogue constructif.

Un jour, tu seras parent à ton tour, jugé de toute part, critiqué avant même que le bébé ne soit arrivé.
Un jour, tu seras épuisé, perdu, déboussolé.
Un jour, au lieu de me moquer de toi, je me souviendrais de ces années de grandes joies et grandes fatigues, et je te tendrai la main. Tu la prendras si tu le souhaites.

Une demi année

6 mois, c’est rien du tout et tout à la fois.

Quand on attend son deuxième enfant, on se demande parfois si on l’aimera tout pareil, si on sera aussi émerveillée que la première fois. Pour moi, les choses étaient un peu différentes, plus la grossesse avançait plus je prenais confiance. C’était déjà un tel petit miracle que tu sois là.

Ta grande soeur faisait des « toc toc  » sur mon ventre bien rond. Ton papa regardait le berceau où il avait connu ses premières nuits en se disant que bientôt se serait toi.
Et puis tu es arrivée, trois jours d’attente et pourtant comme une belle surprise. Un final spectaculaire dans des rires de joie.

6 mois plus tard, qu’es tu devenu petit être cher à mon coeur ?

Je pose des mots sur le clavier, et tu es là à côté de moi. Si calme, si souriante. Je n’avais pas l’habitude avec ta soeur de cette sérénité là.
Tu as pris en douceur la place qui est la tienne. Sans cri ni fracas. Tu es là. Tu es toi.
Tu nous fixes intensément du regard et commence à raconter des petites choses à qui prête l’oreille pour les entendre. Si tu sens la personne attentive, tu te lances dans de grands monologue de rrrrhi et de ahhhhh.
Tu montres tes petits progrès. Tu attrapes tes pieds mignons pour les porter à ta bouche. Prends des objets dans tes mains potelées . Te retournes dans tous les sens pour mieux voir ce qui t’intéresse (bien souvent c’est ta grande soeur qui fait une bêtise).
Tu aimes danser la valse avec moi dans le salon. On tourbillonne et tourne tourne tourne. Tu chantonnes comme moi. T’agripes comme un petit koala. Renifle mon cou. Et puis tu mets quelques secondes un petit pouce à mâchouiller dans la bouche avant de le retirer pour ouvrir grand grand cette bouche dans un énorme sourire. Tes yeux deviennent rieurs. Une future chipie ?
Tu aimes le bruit de la mer pour t’endormir. Regarder par la fenêtre les feuilles de l’arbre dans la cour en face qui semblent danser dans le vent. Tu souris dans ton sommeil et cela me fait fondre.
Le bruit de la rue ne te gêne pas. Je crois que tu aimes bien ce tourbillon d’odeurs et de couleurs quand nous partons en promenade. En voyage tu te régales.

J’ai parfois l’impression que tu vois des choses que je ne vois pas ou plus. Ton regard est si profond que tu as l’air d’être une très vieille et belle âme. Je t’appelle parfois mon petit bouddha. Ma belle d’amour. Ma douceur des bois. Pourquoi je ne sais pas. C’est mon coeur qui s’emballe quand il te voit.

On dit parfois que l’arrivée d’un deuxième enfant chamboule tout. J’ai l’impression que loin d’une tornade, ta venue au monde a donné à chaque membre de la famille la place qui est la sienne.
Quelle chance j’ai ma chérie de t’avoir dans ma vie.
Tu ne m’appartiens pas. Je ne te façonnerais pas à mon image. J’essaierai juste de mon mieux de t’ accompagner dans ton chemin et tes rêves.

6 mois. Pas encore toute une année. Et pourtant déjà tant d’amour pour toi.