Être féministe et femme au foyer ? Consommatrice et écolo ? Maman et libre de ses choix?

J’ai grandi auprès d’une femme forte, libre et amoureuse. Indépendante et maman attentionnée. Une mère aux multiples facettes qui jonglait avec tout ça à la fois tout en se battant contre sa maladie. Elle m’a appris la force de garder le fil de ses convictions et de ses valeurs. De croire en son instinct toujours. Mais parfois si tous ses enseignements sont d’une richesse insoupçonnée, ils posent aussi les barrières de ne pas être à la hauteur. Et comment adapter ce modèle aux enjeux d’aujourd’hui ?

Dans les années quatre vingt, l’enjeu principal pour nombre de femmes était de pouvoir réussir professionnellement tout en étant mère. Toutes les femmes de cette génération me ressassent sans cesse qu’il faut être indépendante financièrement de son conjoint pour être libre. Pendant longtemps c’est l’image que j’avais. Il était inconcevable pour moi d’être un jour mère au foyer. Non pas parce que je trouvais ce rôle dégradant mais parce que j’avais peur de perdre ma liberté.

En discutant avec ma grand mère, je me rends compte que nombre des femmes de son époque (années 60) étaient femme au foyer à partir du moment où elles étaient mamans car il y a avait bien trop à faire à la maison. Et aussi il faut le dire à cette époque dans les foyers moyens, le salaire d’un homme suffisait. Est ce que c’est parce que nous avons perdu en pouvoir d’achat ? Est ce parce qu’à cette époque les gens consommaient et se contentaient de moins ? Je n’ai pas la réponse. Peut être ce situe t elle entre les deux.

J’ai l’impression qu’autour de moi que de plus en plus de papas aimeraient prendre un congé parental ou passer à temps partiel. Cela veut dire que les mentalités ont changé et c’est chouette. Mais concrètement est ce que c’est possible? Bien souvent non car l’inégalité des salaires fait que c’est la maman qui prend ce congé sinon l’équilibre financier de la famille devient précaire. Et puis si on ajoute là dessus les mises au placard après la grossesse et la difficulté pour les femmes à évoluer dans une entreprise…

Dans mon cas particulier, mon tout petit salaire aurait couvert seulement les frais de garde.. Pourtant j’aimais tellement mon métier qu’il était impensable pour moi avant la grossesse d’imaginer ne pas reprendre après mon congé maternité. La suite aura fait que je me suis retrouvée sans l’avoir souhaité en congé parental. Avec le recul, trois en plus tard, je me dis que cette non décision était peut être pour le mieux. Malgré tout, je suis bien consciente que mon point mort professionnel est possible car nous arrivons à nous en sortir. Je sais bien que dans de nombreux foyers c’est impossible de vivre sur un seul salaire et qu’il y a aussi des parents solos qui galèrent. J’ai donc décidé de changer mon fusil d’épaule en me disant que ce non choix est une chance pour notre famille plutôt qu’une défaite.

Nouvel enjeu à gérer : l’écologie.
Lorsque les femmes se sont mises à travailler, la qualité de vie des familles s’est dégradée. Car les hommes ne prenaient pas leur part des taches ménagères. Double peine pour les femmes qui bien souvent avaient tout à faire sur leur temps de repos. Comment dans ce contexte ne pas comprendre qu’on se soit tourné vers le prêt à consommer. Clairement lorsque je travaillais, entre les horaires de fou et décalés, le travail ramené à la maison, la pression ect ..: moi qui cuisinait je suis passée aux repas rapides surgelés. Je me suis également aperçue que je ne connaissais aucun savoir concret: la couture, le bricolage, le jardinage, se soigner par les plantes ect… On ne transmet plus toutes ces connaissances qui faisaient partie du quotidien de nos aïeux. Je me souviens de ma grand mère, qui coud à merveille qui m’avais dit une fois. A quoi bon s’embêter vu qu’aujourd’hui le prix du tissus est plus cher que le vêtement tout fait. Seulement nous commençons à connaitre le pourquoi de ce prix, notamment la qualité du dit tissus mais aussi les conditions de production. La vigilance fait que de plus en plus de personnes (ré) apprennent à tricoter ou à coudre. Et ça c’est aussi une bonne nouvelle.

Aujourd’hui, mon congé parental qui n’était pas du tout un choix au départ m’a sans doute fait perdre toute possibilité de pouvoir retravailler dans mon domaine et j’ai vu s’envoler toute ambition. Pourtant je vois ce que j’y ai gagné. Du temps avec mes filles qui auraient sinon été gardées constamment par des baby sitters au vu de nos horaires décalés et travail du weekend. Mais aussi une possibilité de faire beaucoup de choses moi même et donc de consommer plus sainement et responsable. Je peux faire les courses où je le souhaite sans être obligée de me rabattre sur le supermarché le plus proche. Je cuisine maintenant le plus possible de choses maison (ce qui permet de savoir ce qu’il y a dedans). Je fabrique beaucoup de produits moi même (ménagers et cosmétiques). Bref d’une certaine manière ma volonté de décroissance et de consommation responsable me fait devenir la mère au foyer que je n’aurai jamais imaginé être.

Autre chose non négligeable, chez nous le papa n’aide pas mais fait sa part, comme mon père avant lui. Et ça aussi ça change tout. Jamais il ne me rabaisse.
Ce mode de vie nous a aussi sacrément permis de réduire nos dépenses et le fait de s’écarter de la société de consommation nous rend plus sereins.

Et pourtant suis je moins libre en vivant cette vie si éloignée de celle que j’avais imaginé? Je ne pense pas car je me suis libérée de l’emprise de mon ancien employeur et de la pression du monde de l’art. Je me suis, pour beaucoup affranchie des envies suscitées par les publicités. Bref je me concentre sur l’essentiel pour vivre pleinement les bonheurs du quotidien.

Suis je indépendante ? Au sens strict, non. Mais je suis diplômée et j’ai déjà travaillé dans plein de branches quand j’étais étudiante donc cela ne me fait pas peur. Si un jour je souhaite travailler je mettrais en place tout ce qu’il faut pour. C’est aussi un défi exaltant de se réinventer. Et puis soyons réaliste, très peu de personnes de la génération connaisse la sécurité du travail. On a souvent exercé plusieurs métiers ou travaillé pour plusieurs employeurs aujourd’hui passé 30 ans. Nous ne pouvons pas penser le monde du travail de la même manière que nos parents. Je vois de plus en plus de femmes créer leurs propres opportunités en devenant indépendante et créant leur entreprise.

En attendant, moi je vais faire du bénévolat et je prend du temps pour créer. Des choses qui ne sont malheureusement plus mises en valeur dans notre société.

Je ne suis pas dépendante de mon mari par l’esprit. Nous discutons à armes égales de tous les sujets de société et prenons les décisions qui concerne notre famille main dans la main. L’argent n’est pas un levier de pouvoir dans notre couple pour dominer l’autre.

Suis je heureuse ? Oui car je ne laisse personne me dicter ce que je dois être et je passe du temps avec ceux que j’aime.
Est ce que cela est facile ? Certainement pas. Je chemine. Mais il faut savoir accepter nos propres contradictions pour vivre sereinement avec soi même. Un nouveau modèle de société est à créer. Mettons à terre les modèles imposés de ce que doit être une femme pour devenir celle que nous souhaitons être. Il n’y a pas qu’un chemin de vie.

Exposition cabanes en famille

12 réflexions sur “Les contradictions”

  1. Sujet très intéressant, et qui me parle bien sûr 😉 Ce n’est pas facile de mettre des mots dessus parce que comme tu le dis si bien, c’est un cheminement ! Ça évolue. Belle analyse en tous cas !

  2. Wah, quel bel article ! Il n’y a pas qu’un seul et unique chemin de vie. Je suis ENTIÈREMENT d’accord. A chacun de cheminer pour évoluer et être en accord avec soi-même !
    PS / Encore une fois, j’adore ton nouveau design 😉
    A bientôt,
    Charlotte.

  3. Ta réflexion est très intéressante… je crois également que de nos jours l’indépendance ne se joue plus que sur des aspects purement économiques. Je ne travaille pas pour le moment ce n’est pas une situation que je cherche à pérenniser mais si ça devait durer je ne m’en sentirai pas coupable ni diminuée, car je connais ma valeur et que mon mari la connait aussi. Ce que je suis et ce que je peux apporter à la société ne s’arrête pas à mon rôle professionnel ni à mon rôle de maman…

  4. Tout est dit, me semble-t-il…. Tu as choisi une voie qui te convient, à toi, à tes filles et à leur papa. Il sera toujours temps d’en choisir une autre quand tes filles seront plus grandes…

  5. Cette réflexion est très intéressante. Tu as trouvé ce qui te convenait le mieux. Rien n’empêche que cela évoluera peut-être quand tes filles serons plus grandes. C’est ce que je pense pour moi en tous les cas. Je ne travaille pas, je suis à la maison et contente de l’être pour m’occuper de mes filles. Il est vrai que parfois j’ai envie d’autres choses, de penser à moi, rien qu’à moi. Mais je sais que quand mes filles seront plus grandes, qu’elles auront moins besoin de ma présence, je pourrai en effet faire évoluer mon statut de mère au foyer.
    Rien n’est figé.

  6. Ton article est criant de vérité et tu as posé là toutes les bonnes questions. De mon côté, je suis passée par toutes ces étapes dont tu parles (j’ai 10 ans de plus que toi ceci expliquant cela). Mêmes études longues, même déception face au monde de l’art, même remise en questions, pause dans ma carrière pour élever mes enfants, dépendance financière de mon mari bien vécu ou mal vécue à d’autres moments…
    Aujourd’hui je vis une autre situation : je suis maman de 3 enfants et je travaille à temps partiel, j’essaie depuis longtemps de bien manger, cuisiner et moins consommer… Mais en plus depuis quelques mois, je suis la seule à travailler car mon chéri a perdu son emploi. Et là je me dis que c’est quand même très important d’avoir ses propres revenus quand on est une femme car on ne sait jamais ce qui peut arriver.
    Cependant tu as raison de profiter de cette pause si cela est possible et comme tu le dis si bien, tu es diplomée, tu retomberas sur tes pattes !
    Bref la vie est faite de mouvements et il faut sans cesse se renouveler. je crois que c’est vraiment cette aptitude à savoir s’adapter aux situations et aux changements qui nous distinguent de nos ainées qui étaient dans des shémas plus classiques.

  7. Malheureusement la valeur que la société attribue aux uns et aux autres est encore tellement liée à l’argent et à sa capacité à en générer ! ça me rend folle. Élever un être humain, ça devrait valoir tous les salaires du monde, non ?! Je suis complétement d’accord avec ton analyse en tout cas, mais du coup je trouve qu’aujourd’hui on en est arrivé à d’un côté exhorter les femmes à travailler, pour « s’accomplir », et d’un autre côté les inciter de plus en plus au « maternage proximal » et consort… Franchement, je ne veux pas avoir l’air retrograde, mais avoir une carrière comme si on avait pas d’enfant et s’occuper des enfants comme si on avait pas de travail ; c’est pas possible. Pour moi le féminisme devrait justement s’attacher à défendre et valoriser les femmes « au foyer » qui ne produisent rien (d’autre qu’un enfant ^^) plutôt que de vouloir absolument les voir mener de brillantes carrières. Même si évidemment il en faut, mais cela culpabilise encore plus celle qui choisissent de mettre leur carrière en sourdine…

  8. Je trouve qu’on cloisonne beaucoup trop l’individu en fonction de la façon dont on le perçoit.
    Un courant féministe un peu trop extrême pour moi fait passer les mères au foyer pour des victimes qui devraient se libérer de leurs chaînes.
    Mais, clairement, je suis maman au foyer (pas par choix car j’etais déjà au foyer avant d’avoir mes enfants pour des raisons médicales.). Mais voilà cette situation négative que je vivais mal m’a permis depuis 6 ans de m’occuper de mes grossesses et de mes enfants de façon sereine.
    Et je ne vis pas ma situation comme un échec.
    Si la femme se sent bien dans sa propre vie alors qu’on lui fiche la paix.
    Mon cadet va entrer à l’école en septembre et je suis en train de mûrir ma reconversion. Pas par obligation, mais parce que j’ai envie d’apporter une expérience que j’ai acquise grâce à mes enfants à d’autres enfants plus en difficulté.
    Je ne suis pas sure que cela améliorera notre situation financière car le salarié n’en doit pas être bien supérieur à ma’pension d’invalidite Mais entre m’epanouir en étant utile dans un système éducatif qui peine à avoir les moyens de traiter tous les enfants sur un pied d’égalité et retrouver mon emploi dans un cabinet d’avocat qui saisit les biens immobiliers des gens, j’ai vite fait mon choix.
    C’est comme l’ecologie, on fait ce qu’on peut à notre échelle : certaines font plus, d’autres font moins et ça n’est pas ça qui devrait donner de la valeur à nos actes.
    Bref, si chacun pouvait un peu plus s’occuper de ce qu’il se passe chez lui au lieu de passer son temps à juger l’autre :p
    En tout cas, ça fait du bien de lire tant de bienveillance autour d’un sujet si épineux. Merci <3

  9. Merci pour cet article super intéressant.
    Ici je ne pense pas que j’aurais pu prendre un congé parental car je ne me serais pas épanouie. J’adore mes enfants mais j’adore aussi passer du temps sans eux. En revanche, j’ai fait le choix d’un boulot fixe et peu payé (je suis fonctionnaire) alors que mon bac+5 m’aurait permis de briguer de hautes fonctions. C’est un choix que j’ai fait et qui me permet d’avoir une super qualité de vie. Des horaires cools, beaucoup de vacances, pas de stress…

  10. coucou
    je trouve ton article très touchant et très intéressant. j’ai adoré te lire vraiment. Je suis bien d’accord avec toi notre société nous pousse à la consommation …. Notre vie va à 200 à l’heure, nos boulots nous demande beaucoup de temps… j’avais les même réflexions que toi avant la femme doit travailler c’est important d’avoir son indépendance et j’en passe… Et maintenant je suis maman d’une petite de trois mois et je dois bientôt reprendre le travail… ca me déchire le cœur de devoir la laisser …. Mais bon pour le coup dans notre foyer j’ai pas trop le choix que d’aller travailler…

    belle fin de journée a toi

    rachelmarine

  11. La maternité (la parentalité ?) est synonime de contradictions éternelles à mon sens. Ce sujet là en fait partie.
    Pas de juste milieu possible, il y a des pour, des contre pour les deux côtés. L’important est évidemment que TU te sentes bien. Ici j’ai poursuivi mon activité pro, elle a même largement grossi ces dernières années. Dernièrement, je suis dépendante tout de même financièrement de mon conjoint (le temps que la boite se développe bien) et … je n’aime pas ça du tout je t’avoue. Je n’ose plus rien m’acheter et je suis un peu angoissée à l’idée que si quelque chose arrive à mon chéri et/ou à notre couple (on ne sait jamais hein !) eh bien… je me retrouve super mal. Et pourtant je suis chef d’entreprise sur le papier AH AH AH
    Bref, pas simple mais merci pour ce partage

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