Le temps nécessaire


A l’heure où l’on court partout. Où chaque jour les scientifiques font de nouvelles découvertes. Où la notion de progrès commence à nous questionner sur les enjeux écologiques pour notre monde. Nous voyons fleurir gentiment les quêtes de la pleine conscience et du temps pour soi.

De plus en plus, dans nos vies bien remplies, nous nous tournons vers des pratiques que nous aurions vues comme saugrenues ou carrément hippies il y a quelques décennies. La sophrologie, le yoga, la méditation font de plus en plus d’adeptes. Mais parallèlement aussi l’injonction au bonheur, à la bienveillance et à la sérénité intérieure.

Cela me gêne. Et pourtant je suis moi même adepte de certaines de ces techniques et je fais de mon mieux pour être quelqu’un de positif au quotidien. Ce qui me gêne ce n’est pas cette quête de bonheur ou de bien être, mais l’injonction à être dans cette démarche et surtout l’oubli que pour chaque individu les notions de bonheur et le chemin pour y parvenir sont divers. C’est pour moi aussi nier que la vie n’est pas linéaire mais qu’il y a des imprévus. Et dans ce discours là, souvent culpabilisant à trop en imposer, le temps nécessaire pour y faire face.

Je m’explique.

A la fois, sont mises en valeur les techniques de relaxation et de temps pour soi. Par exemple, on conseille de prendre chaque jour 5 minutes pour méditer. Et paradoxalement, lorsqu’un événement traumatique important vient s’immiscer dans le quotidien, on demande très vite à l’autre de « passer à autre chose ».

C’est quelque chose que j’ai vécu personnellement à chaque deuil ou étapes difficiles ou bouleversantes de ma vie (rupture, fin brutale d’un travail, accouchement aussi car c’est un chamboulement). Et je crois ne pas être la seule.

Ce que j’ai pu observer c’est que souvent, les premiers jours la parole est écoutée, entendue, recueillie si la personne le souhaite. Et puis ensuite il faudrait passer à autre chose. Seulement cela ne marche pas comme cela.

Nous devrions réfléchir à pourquoi nous insistons tant pour que l’autre aille mieux aussi vite.
Est ce que nous nous sentons démunis face à sa douleur ? Que nous ne savons pas quoi faire ou quoi dire ? Est ce que c’est parce que nous avons peur que son malheur nous contamine ?
Ça n’a rien d’évident.

Et quand nous traversons nous même quelque chose, prenons nous le temps nécessaire pour nous confronter à nos émotions même les plus négatives, ou est ce que nous les cachons vite vite sous le tapis en espérant qu’elles ne viendront plus nous embêter ?

Dans notre société, il n’y a plus ce temps de creux où nous prenons en nous le temps de traverser ce qu’il y a à traverser. Quand on le fait, cela apparaît presque comme honteux de ne pas « récupérer » aussi vite que cela aurait dû selon les normes imposées. Il faut très vite sortir. Sourire. Oublier. Remettre le masque social.

Il n’y a pas de honte pourtant à vouloir, pendant un temps, rentrer dans sa coquille pour mieux se reconstruire de l’intérieur. Chaque petit pas compte. Il y a des jours avec et d’autres sans. C’est déconcertant pour les autres et pour nous mêmes. C’est un tout cheminement.

Et si souvent autour de nous, des personnes pleines de bonnes intentions tentent de nous forcer la main pour sortir de cette phase, il faut savoir dire que l’on est pas prêt encore. Et c’est dur.

Ce n’est pas refuser la main que l’on nous tend mais simplement la prendre au bon moment.

J’ai décidé de prendre le temps qu’il me faut, pas le temps qu’il faudrait.

Je prends mon temps nécéssaire.

  • Johanna au presque parfait (19 novembre 2018)

    C’est un très beau texte. Tres vrai. Je trouve qu’il y parfois difficile de savoir soi-même quel est le temps nécessaire. Parfois on pense que c’est derrière et on est rattrapé par la réalité d’un cheminement plus long. Tu as peut être une bonne clairvoyance.
    Bon chemin à toi.

  • cesdouxmoments (19 novembre 2018)

    Vaste sujet tellement actuel ! Cette injonction au bonheur est parfois insupportable même quand on est une personne positive.

    Les choses doivent se digérer, s’interpréter, se vivre et chacun a son rythme.

    Ce cote « bon petit soldat » m’exaspère également car on a aussi parfois envie d’être celui qui a le droit de souffrir selon une période qui nous est propre sans être taxé de rabat joie ou de casseur d’ambiance

  • Virginie Neleditesapersonne (20 novembre 2018)

    Ton analyse est très pertinente et j’ai moi aussi fait ce constat. Tout doit aller (trop) vite aujourd’hui. On est OK pour se pencher sur nos émotions, les livrer – je pense comme toi que c’est une vraie évolution et que ce n’etait Pas le cas il y a quelques années encore – par contre une fois que c’est fait, hop c’est bon, on passe à autre chose … et bien non, ça ne marche pas comme ça. Parfois ça revient des années plus tard et c’est comme ça. Tu as raison de prendre le temps sûil te faut et qu’il te faudra, l’essentiel c’est de s’ecouter, soi !

  • Charlotte - Enfance Joyeuse (20 novembre 2018)

    Je suis bien d’accord avec toi.. Souvent, on écoute les premiers temps puis ensuite on invite l’autre à aller mieux, à aller de l’avant, à rester positif etc… L’injonction est fortement présente !
    Mais comme tu le soulèves, je pense que le plus important c’est de respecter son temps à soi. Le temps dont on a besoin soi-même.

  • Elisa (20 novembre 2018)

    Je vais partager ton texte. Il est très juste. Tu sais il y a des gens aussi qui ne sont pas du tout en contact avec leur côté émotionnel. Je prends l’exemple de ma mère qui n’a jamais compris nos peines de coeur à mon frère et moi. Pour elle, si ça nous fait souffrir, il faut direct s’en détacher, parce que la situation ou la personne en question, n’en vaut pas la peine. Il y a aussi des gens qui se raisonnent sans cesse et d’autres qui pensent qu’en mettant leur souffrance sous le tapis, ils finiront forcément par l’oublier…ça ne fonctionne pas comme ça et tu l’as bien expliqué 🙂

    • Sophie Ogresse (23 novembre 2018)

      Oui c’est exactement cela. Certains pensent que ne pas dire les choses ou passer vite à l’étape suivante c’est positif pour avancer. L’expérience personnelle mais aussi ma formation d’art thérapeute m’ont bien ennseigné que ne pas prendre le temps de digérer les choses c’est prendre le risque de voir la cocotte exploser plus tard…

  • Esthel (21 novembre 2018)

    Peut-être qu’on est pas si à l’aise que ça avec les émotions « négatives », les périodes de creux. Surtout chez les autres, cela peut nous renvoyer à nos propres difficultés.
    Dans tous les cas tu as bien raison de prendre le temps dont tu as besoin pour cheminer…

    • Sophie Ogresse (23 novembre 2018)

      Je pense comme toi qu’il peut y avoir un effet miroir qui peut déranger… C’est dommage

  • Khévin Beaugendre (22 novembre 2018)

    Après lecture je me suis fait la réflexion suivante :
    Peut-être que notre époque ravive de manière excessive les passions pour la compétitions ?
    Nous faisant oublier qu’il est possible de bien amménager ce temps de creux pour bien se soigner.
    Bref…Merci pour ce beau partage !

    • Sophie Ogresse (23 novembre 2018)

      Merci à toi pour ton passage ici. En effet la culture du toujours plus vite toujours plus fort n’est sans doute pas étrangère à cela

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