Une histoire pour lui parler d’elle

Il y a quelques semaines maintenant, j’ai participé à un concours d’écriture. Un peu comme un défi pour moi même. Un joli prétexte pour me remettre à une écriture plus créative. Cela fait quelques années que je n’ai pas écrit de contes. C’est bien dommage. Il fallait que je m’y remette. Il s’agissait d’écrire un texte court calibré, avec un sujet imposé. L’un deux était « Parce que les vrais sont les gens qu’on aime non ? »

Une image s’est très vite imposée à moi. Une question aussi. 

Le concours n’a rien donné mais il m’a offert à moi l’envie de reprendre l’écriture de contes. Et peut être qu’un jour j’oserai enfin écrire les livres pour enfants dont je rêve. Je me suis aussi remise au dessin alors je me lancerai peut être…

Je vous laisse (re)découvrir mon texte avec une version sans coupe. N’hésitez pas à me dire si cela vous parle et si vous avez des conseils à me donner pour parler de cette histoire, notre histoire à mes filles.

Qu’y a t-il derrière la porte ? Derrière la porte, il y a un escalier. Si on descend cet escalier, il y a la rue. Par delà les rues, la ville. Et après, il y a quoi ? Après la ville, il y a la campagne. Des étendues de routes et de chemins. Si l’on suit le petit chemin aux cailloux bleus, si l’on traverse les forêts, on arrive dans un tout petit village normand. Le village de Marguerite, que l’on appelle ainsi parce qu’il est couvert de fleurs blanches à long pétales, que l’on égraine pour demander à la jolie fleur si notre amour nous aime.  Par delà le minuscule clocher, et les champs se trouve une maison aux volets bleus. C’est la maison de papi.

La maison de papi parait bien grande parfois. Il va alors dans le jardin et guette le bruit des voitures qui annonce le rire joyeux de ses petits enfants.
Il y a de grands massifs d’hortensias roses et bleus tendres. Et un petit banc en bois où maman s’assoit longuement en silence quand elle est là.
Quand Salomé va en vacances chez papi, elle aime bien regarder les photos qu’il y a partout. Sur les murs, posés sur le bureau ou la cheminée. Les cadres sont un peu poussiéreux. Salomé passe le doigt dessus et dessine avec les contours des visages. Ça raconte les aventures de maman petite.
Le soir, au moment de se coucher, elle a des questions plein la tête mais elle n’ose pas toujours les poser. Et puis, une fois, après l’histoire du soir, elle prend son courage à deux mains. Elle se love dans les bras de maman et lui dit:

« Dis maman. Elle est où ta maman à toi ? Pourquoi elle est pas là? »

Maman a les yeux un peu humides, mais ça ne dure pas. Très vite un grand sourire se dessine sur son visage.

« Regarde par la fenêtre. Tu vois les étoiles là-bas dans le ciel. C’est là que s’en vont les supers héros.

Mamie, elle n’avait ni cape ni épée. Son super pouvoir, c’était de rendre les gens heureux.

Elle savait dessiner des princesses. Cuisiner les meilleurs puddings au chocolat du monde. Chanter des airs d’opéra. C’était la championne des grattouilles.

Mamie c’était une princesse rebelle qui défendait les filles pour qu’un jour elles puissent devenir docteur, avocate ou chef cuisinier si elles en ont envie.
Elle savait mettre ko les microbes presque à chaque fois. Encore plus forte qu’une catcheuse sur le ring.
Un jour, mamie elle a perdu son combat. Mais elle a dit que dans les étoiles, elle continuerait à veiller sur moi. Alors un peu sur toi aussi.

Elle est là dans la brise de vent qui caresse ton visage. Dans ton rire quand tu sautes dans les flaques. Quand je te chante la berceuse du soir, c’est un peu de mamie qui m’accompagne.

Tu sais ma chérie, les filles aussi peuvent être des supers héros. Et bien plus fortes qu’on ne le crois. »

Salomé attrape son doudou et sa tétine, des rêves plein la tête et le regard déterminé.

« Tu sais maman, je crois que veux être comme mamie quand je serai grande: une princesse rebelle qui fait du karaté aux microbes. »

Cette nuit-là, Salomé et maman sont restées longtemps à regarder les étoiles par la fenêtre. Main dans la main, sans un mot, ne parlant d’autres langues que celles du coeur et du courage, comme tant d’autres mères et de filles avant elles. Comme tant de mères et de filles dans d’autres maisons que la maison aux volets bleus de papi.

 

 

 

 

 

 

  • mamantatonne (8 octobre 2018)

    Quel texte magnifique, ta fille a dû avoir des étoiles dans les yeux en l’écoutant !

    • Sophie Ogresse (1 novembre 2018)

      Je n’ai pas encore trouvé la force de lui lire… mais cela va venir 🙂

  • Dinette et Paillettes (8 octobre 2018)

    Whaouu ton texte est magnifique… vraiment…

  • Charlotte - Enfance Joyeuse (8 octobre 2018)

    MAGNIFIQUE… Vraiment, vraiment. Tu as un don. Un sujet si sensible… Merci d’avoir partagé cela avec nous !

    • Sophie Ogresse (1 novembre 2018)

      Je te remercie beaucoup… J’essaie de m’y remettre petit à petit…

  • Yvonnet Nicole (8 octobre 2018)

    Un texte émouvant… et si vrai! Continue ainsi avec les mots, les étoiles et toutes les mamans du monde…

    • Sophie Ogresse (1 novembre 2018)

      Je n’ai jamais arrêté d’écrire… et j’ai gardé mes textes de ma classe de français 😉

  • CéciliAcidulée (8 octobre 2018)

    Tu as embué mes yeux… Quel joli texte

  • cesdouxmoments (20 octobre 2018)

    J’ai beaucoup aimé ton conte et cette façon de parler de sa mamie (ta maman ? ) à ta fille… Tu mets toujours tellement d’émotions dans ce que tu fais, j’aime beaucoup <3

    • Sophie Ogresse (1 novembre 2018)

      Oui c’est bien de ma maman dont je parle. Je crois que tu commences à me connaitre un peu à travers mes écrits et mes posts… les émotions toujours un peu à fleur de peau… J’essaie de faire quelque chose de positif de tout ça.

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